Lima 2013, discours d’ouverture, par le Professeur Otmar SEUL

Pionniers en matière de création d’universités d’été franco-allemandes avec des établissements de pays tiers en sciences juridiques, Paris Ouest-Nanterre-La Défense et ses partenaires allemands s’impliquent pour la première fois dans une manifestation de ce type ayant lieu en Amérique latine. Une Université d’été franco-germano-péruvienne  sur la démocratie et l’Etat de droit  est donc une grande première dont la particularité mérite d’être soulignée.  

I.

Cette Université d’été s’inspire de la stratégie d’internationalisation des études et de la recherche que nous pratiquons depuis 10 ans en Europe et dont le succès ne se dément pas.  En « délocalisant » nos campus via nos universités d’été, nos établissements vont à la rencontre de publics et de partenaires nouveaux, élargissant et intensifiant ainsi nos échanges pédagogiques et scientifiques. Notre modèle d’université d’été offre un certain nombre d’atouts qui le rendent original et attrayant par rapport à l’offre académique classique. Relevons-en notamment cinq :

1° L’Université d’été offre des perspectives particulièrement intéressantes en se focalisant sur les enjeux juridiques de l’intégration européenne, donc des questions sociétales vitales, comme le souligne à juste titre Bernard Cazeneuve, l’ancien Ministre français des affaires européennes : « Le droit accompagne, guide et encadre l’évolution de nos sociétés. Il contribue donc à leur convergence, qui est un des objectifs politiques de la relation franco-allemande depuis 1963. » Organisées depuis 2004 – année de l’élargissement de l’Union européenne vers les pays d’Europe centrale et orientale –, nos universités d’été se proposent de suivre l’évolution du droit dans le cadre de l’Union européenne en analysant les grandes lignes du processus d’harmonisation des législations et pratiques en cours.  Rappelons s’en ses thèmes majeurs : «L’Espace juridique européen », « L’Europe, une communauté de valeurs », « La solidarité en Europe », «La protection de la vie privée et des données personnelles », « la Participation » ou encore, cette année, « Harmonisation européenne et identité nationale ? ».

2° Ancrée essentiellement dans le domaine du droit européen comparé, l’Université d’été contribue non seulement à la compréhension juridique, mais aussi à la découverte des dimensions sociétales des pays.  Insistant – après le refus, par référendum, du traité établissant une Constitution pour l’Europe par les Pays-Bas et la France en 2005 – sur les contraintes et les obstacles qui freinent le processus d’intégration européenne, ses organisateurs estiment qu’une réflexion s’impose pour cerner la question de l’identité européenne et pour mieux expliquer le projet européen, ses présupposés et ses politiques dans le contexte de la mondialisation. Autrement dit, la diversité des intervenants – une large place est faite aux historiens, politistes, économistes et sociologues – permet une approche pluridisciplinaire dans le traitement de questions juridiques et révèle des problématiques parfois insoupçonnées. Ce traitement transversal apporte un intérêt supplémentaire à des sujets connus sous le seul angle juridique.

3° Réunissant enseignants-chercheurs, doctorants et étudiants (en général de niveau Master) dans une ambiance conviviale et moins formelle que celle habituellement rencontrée sur les bancs de l’université, l’Université d’été se prête à des démarches pédagogiques novatrices. Conçue comme un forum ouvert au dialogue, elle est  susceptible de contribuer à une meilleure perception du droit et à l’enrichissement intellectuel des étudiants et des doctorants, voire de valoriser ceux-ci comme interlocuteurs des enseignants-chercheurs et des professionnels. Un rapport quasi-paritaire entre enseignants-chercheurs et professionnels d’une part, doctorants et étudiants d’autre part, permet un échange intense d’idées, laissant, après les conférences-débats, une grande place aux questions des participants. Le programme offre aux étudiants une formidable occasion de présenter les premiers résultats de leurs travaux de recherche. Enfin, les ateliers (workshops) permettent une implication intensive des étudiants dans une démarche interactive : encadrés par des enseignants-chercheurs, ils participent à un « travail de groupe  » initié en amont de l’université d’été et présentent les résultats de leurs travaux.

4° Organisée dans un pays tiers,  l’Université d’été a vocation à éveiller l’intérêt pour les langues et cultures juridiques françaises et allemandes. Son effet collatéral peut-être le plus frappant réside dans le fait qu’elle fait découvrir aux étudiants le métier d’interprète et de traducteur : le français et l’allemand étant les langues de travail, ceux-ci sont amenés à s’exercer à l’interprétation consécutive des conférences ! L’Université d’été offre, bien entendu, également la possibilité d’une immersion des étudiants et enseignants allemands et français dans la langue et la culture du pays tiers. Le recours à la langue anglaise a déjà eu lieu, mais il est atypique pour notre Université d’été : nous la considérons comme une occasion de transmettre, autant que faire se peut, nos cultures juridiques nationales par l’intermédiaire de nos langues nationales. Derrière cette conception, il y a l’idée d’une Europe dynamique qui, dans un monde toujours plus global, refuse toute évolution mono-culturelle, et donc l’orientation uniforme calquée sur le ‘modèle’ anglo-américain, mais qui, au contraire, affirme sa diversité linguistique et culturelle.

5° Pour les étudiants, la validation des résultats des universités d’été est possible : les notes obtenues dans le cadre des ateliers peuvent être comptabilisées au titre du contrôle continu des matières correspondantes du cursus franco-allemand intégré. Pour certains étudiants, les travaux sont fondés sur des recherches préliminaires dans le domaine de leur futur sujet de thèse, recherches qui sont favorisées par une coopération étroite avec un collège doctoral franco-allemand.  

II.

En créant, avec nos partenaires de la Technische Universität de Dresde et de la Pontificia Universidad Catolica del Peru de Lima, une Université d’été franco-germano-péruvienne, nous adaptons, bien entendu, notre « modèle » au contexte particulier qui est celui du Pérou. Si le respect de la démocratie et de l’Etat de droit est bien ancré dans l’ordre juridique européen, il l’est également en Amérique latine. Il est généralement admis que le respect desdits principes constitue des garanties propres à l’universalisme des droits de l’Homme. Ainsi, il sera intéressant d’analyser divers angles thématiques (corruption, gouvernance, Etat social) afin de connaître les stratégies que chaque système adopte pour faire avancer la démocratie et l’Etat de droit.

Nous considérons nos universités d’été comme un forum ouvert à un double dialogue : celui entre universitaires et celui entre Université, société civile et classe politique. D’où l’innovation majeure de cette manifestation à Lima : pour la première fois, le thème d’une Université d’été incite les pouvoirs publics à reconnaître à notre université d’été une mission formatrice bénéfique aux hauts fonctionnaires des ministères et impliquant, par conséquent, une coopération durable notamment entre le Ministère de la Justice et les trois universités partenaires.  On comprendra pourquoi : le Pérou est une jeune démocratie qui a vécu beaucoup de violations des droits de l’homme pendant les dictatures successives et lors de la lutte contre les groupes terroristes du Sentier Lumineux. Le simple fait d’avoir créé  en 2011 un Ministère de la justice et des droits de l’homme est  significatif de la volonté du Gouvernement actuel de considérer les droits de l’homme comme une priorité.

Nous sommes donc reconnaissants à Monsieur le Ministre de la Justice de nous honorer de sa présence et de souligner l’importance qu’il porte à notre manifestation – importance dont témoigne la présence également de M. le Vice-Ministre.

Nos remerciements les plus vifs vont évidemment à Messieurs les Ambassadeurs de France et d’Allemagne, pour leur soutien indéfectible à notre projet, notamment à travers la prise en charge des frais de traduction, ainsi qu’une fois de plus à l’Université Franco-Allemande, notre fidèle et précieux allié pour le financement d’un projet innovant.

Nous souhaitons remercier toutes celles et tous ceux qui nous ont particulièrement aidés dans la préparation de cette manifestation inédite :

-Mme Tania Zuniga du Ministère de la Justice, docteur en droit ;

-Monsieur Benassi et Mme Catherine Mac Lorin de l’Ambassade de France ;

-Mme Elena Simms, M. Fierley et M. Serra de l’Ambassade d’Allemagne

ainsi que tous les interprètes et traducteurs sans lesquels une manifestation trilingue comme la nôtre ne pourrait avoir lieu.

Je n’oublierai pas d’exprimer ma gratitude à toutes celles et tous ceux qui ont accepté de participer activement à cette Université d’été comme conférenciers voire comme co-directeurs ou co-organisateurs : que soient donc particulièrement remerciés

*la Professeure Elizabeth Salmon de la Pontificia Universidad Católica del Perú qui dès le départ a accueilli avec enthousiasme le projet d’une Université d’été ;

*le Professeur Thilo Rensmann de Dresde, université partenaire de Paris Ouest-Nanterre depuis plus de 20 ans, assisté par  Mme Claudia Schlüter, docteur en droit, cheville ouvrière de la délégation allemande

*mes collègues Manuel Tirard et Carlos Gonzalez-Palacios, co-organisateurs et surtout inspirateurs du projet, auxquels je rends un vibrant hommage : sans leur volontarisme et leur savoir-faire  cette Université d’été n’aurait pas eu lieu.

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