Discours d’ouverture – Minsk 2015 – par O. SEUL

Pr Otmar SEUL, Université Paris Ouest-Nanterre-La Défense

cofondateur et codirecteur de l’ UdE franco-germano-biélorusse en sciences juridiques à Minsk / Bélarus

Discours d’ouverture

(extraits)

 « (…) Déjà la 5ème Université d’été franco-germano-biélorusse que nous célébrons ces jours-ci à Minsk !

A peine croyable !

Quelle carrière pour une idée qui est née il y a six ans à Vilnius, lors d’un de mes entretiens avec des étudiants du Bélarus participant  à la 7ème Université franco-germano-lituanienne – la doyenne des universités d’été franco-allemandes (UdE) avec pays tiers en sciences juridiques en Europe centrale et orientale.

Idée qui  a ensuite été développée au gré des pourparlers entre les trois universités  impliquées dans le projet : l’Université d’été de Minsk est une création de l’Université Paris Ouest-Nanterre-La Défense (France), de l’Université de Potsdam (Allemagne) et de l’Université d’Etat du Bélarus. Elle  se consacre à des sujets généraux et pertinents pour l’ensemble du continent européen, tels que les  « modes alternatifs de résolution des conflits”, les « nouvelles technologies de l’information et de la communication”, ou encore, comme cette année, les questions environnementales. 

Si cette UdE évolue dans une perspective comparatiste, c’est parce que le Bélarus se prête à une telle démarche. Formant une Union avec la Russie et membre de l’Union économique eurasiatique, il est au centre de ces structures transnationales.  Autrement dit, à l’instar de l’Union européenne, la Communauté des États indépendants (CEI) des anciennes républiques soviétiques procède, elle aussi,  à une intégration régionale par une tentative d’harmonisation des systèmes juridiques nationaux.

Depuis notre dernière UdE en juillet 2014, le rôle international du Bélarus s’est fortement accru dans le contexte de la guerre civile en Ukraine et de la crise entre la Russie et l’Occident. Comme le signalent les Accords de Minsk,  le pays est particulièrement bien placé pour servir d’intermédiaire pour des négociations de sortie de crise. Une crise soudaine et violente, il est vrai, complètement inattendue pour beaucoup d‘entre nous, qui prend les allures d’un retour à la « guerre froide“ étant bel et bien l’expression d’un nouveau conflit géopolitique  sur l’axe « Est-Ouest ».  

Si cette UdE de Minsk a eu au cours de ses cinq ans d’existence – et ce ne sont pas les diplomates français et allemands accrédités au Bélarus qui vont nous contredire – un impact grandissant sur la coopération universitaire et les relations interculturelles entre nos pays, c’est parce qu’elle se propose de tenir compte des préoccupations  des citoyens de nos pays, donc de leur vécu quotidien marqué, évidemment, par les différences de nos systèmes politiques, socio-économiques et culturels.  

Nous pouvons cette année encore nous féliciter du choix du thème général de la manifestation par nos partenaires de Minsk. 

Le droit à un environnement sain  est, en effet, un souci majeur – pour ne pas dire une revendication politique –   commun non seulement aux pays de la zone d’influence russe et aux pays de l’Union européenne mais aussi à la communauté internationale toute entière. En effet, les Nations Unies n’ont pas attendu la catastrophe de Tchernobyl  – survenue le 26 avril 1986 en Ukraine, pays limitrophe avec le Bélarus qui donc est particulièrement touché par l’accident le plus grave de l’histoire du nucléaire  (70% des déchets radioactifs semblent avoir pénétré le sol bélarussien pour des décennies à venir, cf. Vladimir Tsalko) – pour tirer la sonnette d’alarme : déjà en juin 1972 à Stockholm,  une première Conférence sur l’environnement avait insisté sur la nécessaire élaboration de principes communs inspirant et guidant des actions d’envergure en vue de préserver et d’améliorer l’environnement.

Nous ne revenons pas ici sur la courte histoire du développement du droit à un environnement sain. Elle est évoquée dans l’exposé et l’argumentaire de cette 5ème UdE sur notre site (http://www.droit-fr-all-paris-ouest.fr/ai1ec_event/5eme-universite-dete-europeennefranco-allemande-et-bielorusse-en-sciences-juridiques/?instance_id=87) *).

Il s’agira de faire cette semaine  le point sur les normes internationales et nationales existantes, de discuter de l’interdépendance du droit à un environnement sain avec d’autres droits et d’identifier les mécanismes de mise en œuvre et d’application au niveau international et national.

J’insiste par contre sur une des particularités de notre UdE de Minsk : depuis 2013, elle implique également activement les étudiants de niveau Master, dans le cadre de trois ateliers (workshops) en langue française, allemande et anglaise recourant au travail en groupe. Une démarche innovante ouverte cette année pour la première fois aux étudiants  de Paris Ouest-Nanterre-La Défense et de Potsdam. Il s’agira donc dorénavant d’ateliers trinationaux, avec une direction trinationale, et entrant dans le vif du thème général en se consacrant à trois sujets particulièrement porteurs: « La constitutionnalisation du droit de l’environnement en France :  la Charte de l’environnement », « La responsabilité sociale des entreprises et le droit à un environnement sain » et « La participation des citoyens aux décisions en matière environnementale et leur accès à la justice : études comparatives sur le droit de l’environnement en Allemagne,  en France et au Bélarus ».

Nul doute qu’en travaillant sur le droit à un environnement sain, notre UdE tient, plus que jamais compte des grands défis planétaires de notre temps, illustrés, par exemple, par le récent sommet du Groupe des sept  (G7) en Allemagne (Elmau, juin 2015). Confirmant le seuil fixé lors de la Conférence sur le climat de Copenhague de  2009 (« maintenir la hausse de la température moyenne dans le monde au-dessous de 2 degrés celsius »), les sept pays industrialisés occidentaux se sont engagés à obtenir d’ici à 2050, une réduction « des émissions mondiales de gaz à effet de serre » se situant « entre 40 et 70 % par rapport à 2010 ».  La définition des moyens pour mettre en œuvre une stratégie adéquate  incombera à la prochaine Conférence de Paris sur les changements climatiques (30 novembre – 15 décembre 2015). La France lui fixe comme objectif l’obtention d’un accord universel et contraignant permettant de lutter efficacement contre le dérèglement climatique et capable d’accélérer la transition vers des « sociétés et des économies résilientes et sobres en carbone ». Il faudrait donc des engagements financiers pour faciliter la transition énergétique des pays « émergents » qui redoutent de voir freiner leur sortie de la pauvreté. La répartition de l’effort entre ces derniers et les émetteurs historiques sera donc l’un des points sensibles de la négociation.

(…). »

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